Tu es breton si… tu as le sens de la fête – Bretagne – Le Télégramme

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La Bretagne a donné naissance aux plus grands festivals de musique du pays. Normal. Les Bretons, c’est connu, ont un sens de la fête très aiguisé, parfois même jusqu’à l’excès. Pour la suite de notre visite guidée au coeur de l’Armorique festive, prenez-vous par la main et tralalalaléno…

Le fest-noz au patrimoine mondial de l’humanité ! Au départ, le projet paraissait très ambitieux, voire même un brin prétentieux. Mais comme impossible est un mot proscrit en Armorique depuis les premiers alignements mégalithiques, le fest-noz (traduisez « fête de nuit ») a été inscrit par l’Unesco, le 5 décembre 2012, dans la liste du patrimoine immatériel de l’humanité où il a rejoint d’autres pratiques culturelles comme le théâtre d’ombres chinoises, le fado portugais ou les Mariachis mexicains. Pour souligner à quel point les Bretons ont le sens de la fête, l’Armorique festive ne pouvait espérer distinction plus prestigieuse.

Toutes les générations

Cette reconnaissance mondiale a salué le concept culturel du fest-noz qui rassemble toutes les générations et toutes les couches sociales en les entraînant dans une danse qui privilégie le collectif sur l’individu. Ici, pas question de faire le mariole en confondant gavotte et french cancan ou de profiter du soutien manuel de ses deux voisins de danse pour tenter un triple salto arrière ! Tous en cadence, dans le même pas, et tralalalaléno… Mais la distinction de l’Unesco saluait aussi, implicitement, ce sens de la fête qui semble inné chez les Bretons et dont les manifestations les plus spectaculaires ont pris la taille XXL avec les festivals de musique et leurs milliers de bénévoles mobilisés tous les ans à la même époque. Tout cela ne date pas d’aujourd’hui : il faut probablement remonter jusqu’aux dresseurs de mégalithes, bien antérieurs à Obélix et compagnie, qui semblent avoir eu une grande connaissance de la mécanique céleste. Et qui déjà célébraient les solstices dans des grands rassemblements festifs, arrivés jusqu’à nous dans la version christianisée des feux de la Saint-Jean. Depuis ces temps immémoriaux, les Bretons semblent avoir développé un sens aigu de la fête, au point de profiter de la moindre occasion pour remettre ça : le calendrier des saints, les moissons, les foires et marchés et puis, bien sûr, les fameuses noces bretonnes qui rassemblaient parfois 2.000 invités. On creusait des tranchées dans les champs pour pouvoir asseoir tout le monde car toutes ces fêtes se terminaient par un banquet, comme dans le village des irréductibles. À cette différence près qu’on n’attachait plus le barde à un arbre depuis belle lurette.

Trop de salles de spectacles ?

Ce sens de la fête a trouvé une autre déclinaison régionale à travers le Gouel Breizh, la fête des Bretons qui désormais totalise plus de 500 manifestations à travers la Bretagne des cinq départements, au printemps. Un rendez-vous unique en son genre, couplé à un autre indicateur : la Bretagne est la région française qui compte le plus de m² de salles de spectacles par habitant. C’est flatteur sur le plan culturel, un peu moins au plan budgétaire tant les équipements ont fleuri dans certains secteurs. Mais l’avatar le plus manifeste de ce sens inné de la fête, ce sont bien sûr les excès qu’ils entraînent et la surconsommation de boissons qu’il faudrait freiner sans modération. Le phénomène ne date pas d’aujourd’hui car les écrits des siècles passés rapportent que les cabarets et tavernes étaient légion dans les villes et villages bretons et qu’ils étaient très fréquentés. À en croire les missionnaires partis dans les campagnes bretonnes prêcher la bonne parole et remettre les paroissiens sur le droit chemin, même le clergé rural, nombreux il est vrai, poussait parfois la solidarité avec ses ouailles jusqu’à tomber dans les mêmes travers.

Pas sur la première marche du podium

Depuis, la réputation de la Bretagne est solidement ancrée dans l’imagerie populaire. « Les Bretons n’ont pas de montagne mais ils ont une bonne descente », affirme un dicton très approximatif car il oublie les monts d’Arrée… Question descente, en revanche, il n’est pas totalement faux. Cette surconsommation est considérée par les uns comme un véritable fléau, par les autres comme un inévitable avatar de l’esprit festif des Bretons. Quelques récentes études statistiques ont cependant relativisé le positionnement dans la hiérarchie hexagonale. Les Bretons ne figurent pas à la première place de ce palmarès peu flatteur mais si ce n’est par la quantité, ils se distinguent par la fréquence des ivresses profondes. C’est aujourd’hui un véritable problème de société qui a gagné même des cités comme Londres et Tokyo où « le binge drinking » du vendredi soir entraîne des traders et des cadres jusqu’à se mettre minables, comme on dit de nos jours. En Bretagne, le sens de la fête n’est cependant pas la cause unique de ces excès. Il y en a d’autres parmi lesquelles il faut peut-être inclure une once de cette pression de la réussite qui pèse sur les jeunes Bretons plus qu’ailleurs puisqu’en un siècle, la Bretagne est passée de la région comptant le plus d’analphabètes à celle totalisant les meilleurs résultats scolaires. Avec toute la pression sociale que cela suppose. Cela se fait peut-être au prix de quelques excès, communs aux gens de Londres, Tokyo et Poullaouën…

Publié par aseanweaverforbusiness

Representant de CCI France Malaysia formateur en interculturel et expatriation pour la Malaisie et le Vietnam

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